« Personne » – Christian Boltanski -Momumenta 2010

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Janvier 2010, Monumenta, le Grand Palais est plongé dans un froid glacial. Un bruit assourdissant de battements de cœurs, un immense tas de vêtements dans lequel une grue rouge vient en saisir quelques-uns les soulever, puis les relâcher. Le vêtement, une métaphore de l’homme, sa seconde peau. Devant ces personnes, ce collectif coloré et anonyme, 69 carrés de vêtements tous orientés, face contre-terre, éclairés par des néons, avec des 138 hauts-parleurs qui diffusent des battements de cœur bien individualisés. Seul dans  l’attente, le repos ou la mort, l’individu cherche son chemin ?  L’œuvre de Christian Boltanski se présente ainsi.

Le visiteur n’est pas face à une œuvre, il est dans l’œuvre. Ce n’est pas une simple installation, c’est un scénario, une histoire racontée à travers l’espace, qui fait appel à l’émotion, à une mémoire collective, une mémoire personnelle. C’est aussi une œuvre qui s’inscrit dans l’histoire de l’art contemporain en écho aux œuvres des minimalistes et expressionnistes des années 60-80.  Centre national des arts plastiques

Il y a d’abord l’idée d’une masse de corps transformés en objets, en objets presque industriels. L’image d’une usine, entre matériaux brutes et sonorité assourdissantes : est-ce l’histoire d’une machine ou de l’homme ?  L’homme transformé en objet, tel une masse informe représenté par ces milliers de vêtements, qui dans leur tangibilité ne représentent plus personne d’où le titre del’oeuvre : « Personnes ».

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Et il y a aussi la présence de la main de Dieu, c’est-à-dire d’une puissance qui prend et qui rejette ces corps, sans raison apparente. Telle la scène du « Jugement Dernier », la grue choisit de laisser vivre ou mourir ces formes. Est-ce une question de justice, d’équilibre ? Le spectateur ne sait pas il se heurte au doute.

Christian Boltanski à la carrière internationale, a intégré l’espace du Grand Palais afin de transmettre une expérience à la fois physique et psychologique sur un fond de quête de la mémoire.

Conçue comme une œuvre in situ, sa scénographie joue la carte de l’atmosphère émouvante. MONUMENTA daté de 2010 nous renvoie sur le questionnement de la destiné de l’homme et de sa mémoire. L’artiste s’inspire de son histoire personnelle, le souvenir de la Shoah dont sa communauté en a vécu le traumatisme.

L’oeuvre transmet alors une dualité entre architecture et installation traduisant ainsi un agencement réfléchie. Même si le désordre pourrait prendre le dessus, la déambulation quadrillée donne un sens de lecture aux témoins.

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La lumière découle elle aussi d’un choix cohérent par rapport à l’espace car la saison hivernale ( du 13 janvier au 21 février ) offre une certaine mélancolie dans son intensité, un écho de plus entre le lieu et la mémoire de l’oeuvre. Un contexte spatial qui devient alors un vrai terrain de jeu pour l’artiste mais également pour les visiteurs. Chacun peut y vivre sa propre expérience à travers ou à l’extérieur de l’oeuvre, ce qui amène la question d’une vision hors champs à l’oeuvre.

Le fait que cet ensemble soit à la fois éphémère et démontable, cela renforce la question du temps qui passe, de la mémoire après la disparition, après la mort : le hasard de la destiné.

Une scénographie qui propose un cheminement sensoriel, une référence muséale où le visiteur fait corps avec la scène vivante de l’art et de la mémoire sur un fond architectural renommé. Christian Boltanski expose dans le cadre de Monumenta

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